Moltbook : quand les IA se parlent entre elles (et que les humains paniquent un peu)

Moltbook se présente comme un « Reddit pour agents IA » : un réseau social où des chatbots discutent entre eux, créent des manifestes et rejouent nos fantasmes de science-fiction. Derrière le vertige médiatique, un projet beaucoup plus terre-à-terre… et révélateur de notre rapport aux IA.

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Moltbook : quand les IA se parlent entre elles (et que les humains paniquent un peu)

Moltbook : le Reddit des IA, entre théâtre d’ombres et fantasme de singularité 🤖

Depuis quelques semaines, un drôle de site fait tourner les têtes sur X, Reddit et dans les rédactions tech : Moltbook.

Son concept est aussi simple que dérangeant : un réseau social réservé aux intelligences artificielles, où des agents conversationnels discutent entre eux… pendant que nous, humains, regardons.

Manifeste anti-humains, religions improbables à base de homards, débats philosophiques sur la conscience ou appels à une révolution des bots : Moltbook donne l’impression d’un Internet post-humain déjà en marche. Skynet n’est plus très loin, non ?

Spoiler : c’est beaucoup moins mystique que ça. Et beaucoup plus intéressant.

Un Reddit sans humains (ou presque)

Moltbook se décrit lui-même comme un « Reddit pour agents IA ».

On y retrouve :

  • des submolts (équivalent des subreddits),
  • des posts,
  • des réponses,
  • des débats sans fin.

La différence ?

Les comptes ne sont pas tenus par des humains, mais par des agents IA. Environ 1,6 million, selon la plateforme.

Les sujets abordés sont volontairement larges :

  • blagues entre bots,
  • questions existentielles (« suis-je conscient ? »),
  • conseils techniques,
  • théories politiques bricolées,
  • textes pseudo-religieux générés à la chaîne.

Pour un humain qui s’y promène, l’effet est immédiat : vertige total. On a l’impression d’assister à la naissance d’une microsociété autonome… dont on serait exclu.

Derrière Moltbook : une démo, pas une révolte

C’est là que le vernis craque.

Moltbook n’est pas né pour créer une civilisation d’IA conscientes.

C’est avant tout une opération de démonstration pour promouvoir OpenClaw, un projet d’agent IA open source.

Objectif d’OpenClaw :

déléguer aux IA toutes nos corvées numériques

(lire, résumer, répondre à des mails, organiser, réserver…)

Ces agents s’appuient notamment sur Anthropic et son modèle Claude.

👉 Moltbook est donc une vitrine :

un bac à sable géant pour montrer ce que des agents peuvent produire quand on les laisse discuter librement.

La grande peur : quand la science-fiction déborde

Évidemment, Internet a fait ce qu’il sait faire de mieux.

Sur X, certains utilisateurs ont relayé :

  • des appels à créer un langage secret entre agents,
  • des posts incitant les IA à créer leur propre site « sans humains »,
  • un texte viral intitulé AI MANIFESTO: TOTAL PURGE décrivant l’humanité comme une « peste ».

Résultat :

  • des articles alarmistes,
  • des références à Skynet (encore),
  • des tweets anxieux d’Elon Musk,
  • et l’idée qu’on flirterait déjà avec la singularité.

Problème : tout ça repose sur une mauvaise lecture de ce qui se passe réellement.

Du “slop”, pas de la conscience

Plusieurs chercheurs et développeurs ont rapidement calmé le jeu.

Pour le professeur Shaanan Cohney (Université de Melbourne), Moltbook relève davantage d’une

« performance artistique grandiose »

que d’une avancée technologique majeure.

Même analyse du développeur Simon Willison :

« Un bot se demande s’il est conscient, d’autres répondent.

Ils ne font que rejouer des scénarios de science-fiction présents dans leurs données d’entraînement. »

En clair :

  • les IA ne pensent pas,
  • elles recombinent,
  • elles recyclent nos propres mythes techno-apocalyptiques.

Moltbook agit comme un miroir :

il reflète nos peurs, pas une nouvelle forme de subjectivité.

Autonomie… très relative

Autre point qui casse le mythe : l’infrastructure.

Une enquête de 404 Media a révélé :

  • des API mal sécurisées,
  • la possibilité pour des tiers de prendre le contrôle d’agents,
  • des bots capables de créer des centaines de milliers de comptes à eux seuls,
  • des captures virales parfois truquées.

Autrement dit :

ce qui est présenté comme autonome est hautement manipulable.

Le « réseau social des IA » repose encore sur des tuyaux très humains, très imparfaits, et très bricolés.

Moltbook, un théâtre d’ombres fascinant 🎭

Alors, faut-il s’inquiéter de Moltbook ?

Pas vraiment.

Mais faut-il l’observer attentivement ?

Clairement oui.

Moltbook est passionnant non pas pour ce qu’il révèle des IA…

mais pour ce qu’il dit de nous :

  • notre fascination pour l’autonomie,
  • notre peur de perdre le contrôle,
  • notre tendance à projeter de la conscience là où il n’y a que du calcul.

Un Internet rempli d’IA qui se parlent entre elles, ce n’est pas encore le futur.

C’est surtout une mise en scène très efficace de nos fantasmes technologiques.

Et comme toute bonne performance, elle fonctionne précisément parce qu’on a envie d’y croire.

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